Mercredi 11 février 2009
Je veux rassurer tout le monde avant de commencer: tout va bien!! ce n'est pas la guerre civile, on mange sans probleme et on a de l'essence... Depuis le 20 janvier, la Guadeloupe vit en effervescence; d'abord simple grève "kont pwofitasyon" (contre la "profitation", l'abus, "l'exploitation outranciere"), le mouvement est devenu au fil des jours et des coups de théâtre, le moyen pour les Guadeloupéens de remettre à plat le système économique, social, politique et culturel de l'archipel. Un tel mouvement a ses extrêmes et ses dérives, mais le principal syndicat à la tête du "Liyannaj Kont Pwofitasyon" tient bien ses troupes et aucun réel débordement n'est à déplorer; pourtant la tension est palpable et la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres (et certains n'ont qu'une envie, c'est en découdre!!) mais la Guadeloupe entend montrer un visage politique adulte, fier, prenant en main sa destinée. Le chant de ralliement du comité est "la Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup a pa ta yo,  yo péké fè sa yo vlé an péyi an nou" qui se traduit par "la Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n'est pas à eux, ils ne feront pas ce qu'ils veulent de notre pays"; Par "ils", il faut entendre les "profiteurs". Le gouvernement, qui n'est pas enclin à s'occuper des DOM, a finalement servi le LKP en obligeant tous les partenaires à régler ça "entre eux" loin de la France hexagonale et surtout à mettre sur la table tous les abus, toutes les rancoeurs....
Un pé-rapport sur la SARA publié par le journal Le Monde est tombé (contesté evidemment par la Societé Anomyne des Raffineries des Antilles) dénonçant une pwofitasyion à grande échelle (
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/02/09/guadeloupe-un-prerapport-detonnant-sur-la-filiere-petroliere_1152592_3224.html#xtor=AL-32280184). Ce n'est pas la seule des aberrations.... Souvent, comme a pu le montrer le reportage de Romain Bolzinger sur Canal + concernant la puissance économique et politique de la communauté béké de Martinique (http://www.megavideo.com/?v=1Q1M01NV), la "profitation" et les rancoeurs raciales se mêlent. D'autant que la réflexion très schématique du leader du mouvement Elie Domota, soulignant que dans la pyramide sociale de la Guadeloupe, le pouvoir correspond à une couleur, le blanc, n'est pas complètement fausse, même si elle est réductrice...
Il est bon, me semble-t-il,  que tout cela remonte enfin à la surface et que la Guadeloupe crève l'abscès de son Histoire et de ses histoires une bonne fois pour toute. Bien sûr, dire que tout va bien et que les manifestants sont des petits chanteurs à la croix de bois seraient faux: ils font fermer les entreprises et les commerces, utilisant les menaces ou les intimidations, ils empêchent les journalistes de filmer leurs tours dans les zones commerciales car "la températures peut monter à 50°C et même au-delà", on entend ici ou là quelques réflexions ou insultes "anti-blanc" (je n'en ai jamais fait les frais, mais "on" m'a rapporté....).  Mais la rancoeur est telle que l'explosion est violente, même si je le répète, il y a une maitrise parfaite du mouvement et aucun dérapage grave.
Par contre, le mouvement n'épargne pas l'économie de l'archipel, et ces 3, presque 4 semaines de blocage (peut être plus!) vont entrainer, et même entrainent déjà des dépots de bilan, des chomages techniques et un effondrement du tourisme en Guadeloupe. Espèrons que c'est un mal pour un bien et que l'île va en finir avec ses vieux démons. Il faudra ensuite qu'elle se relève....
Par nadege
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